La vie de David Brainerd
Écrit par Anne-Marie T.   
17-05-2008

Titre du livre : The Life and Diary of David Brainerd
Edité par Jonathan Edwards David Brainerd

Nous résumons ici le journal de l'un des premiers missionnaires parmi les Indiens d'Amérique. Plusieurs années avant l'Indépendance des Etats-Unis, les territoires Indiens sont peu à peu envahis par les colons venus d'Europe.

1. Enfance et Jeunesse

David Brainerd naît le 20 avril 1718, à Haddam, dans le Connecticut, au sein d'une famille chrétienne. Son père meurt alors qu'il est âgé de 9 ans, et sa mère lorsqu'il a 14 ans.

David est un enfant sérieux, plutôt mélancolique. Vers l'âge de 8 ans, il est soucieux de son âme, et terrifié par l'idée de la mort, il s'applique assidûment à ses devoirs religieux. Mais ce zèle est de courte durée. Jusqu'à l'âge de 13 ans, il prie de temps en temps, mais reste insouciant. Au cours de l'hiver 1732, il prend conscience de l'importance de sauver son âme. Mort au monde, il recherche les choses de Dieu activement. Après la mort de sa mère en mars 1732, ses sentiments religieux déclinent et il retombe dans l'insouciance. En avril 1733, il va vivre à East Haddam, où il reste 4 ans, toujours « sans Dieu dans le monde », bien qu'il continue de prier régulièrement. En avril 1737, à 19 ans, il va travailler dans une ferme, mais il aspire à faire des études. À 20 ans, il s'engage dans les pratiques religieuses, rejetant les plaisirs de la jeunesse et étudie beaucoup. Il souhaite se consacrer au ministère. En avril 1738, il va s'installer chez le pasteur d'Haddam, M. Fiske. Il devient extrêmement religieux, lit la Bible deux fois en moins d'un an, passe beaucoup de temps à prier et écoute attentivement la prédication de la Parole. Il dit de lui-même qu'il avait un très bon extérieur, et se reposait entièrement sur ses œuvres, bien qu'il n'en fût pas conscient.

Cependant, au début de l'hiver 1738, Dieu intervient : Brainerd sent que la colère divine est sur lui ; il prend conscience de son péché et de sa vilenie. Il est démoralisé, abattu. La conversion lui paraît un travail insurmontable. Il prie, crie à Dieu, et accomplit ses actes religieux avec plus de zèle encore. Sachant bien que ses œuvres n'ont aucune valeur pour obtenir son salut, il espère malgré tout pouvoir se recommander à Dieu par leur intermédiaire. Son désespoir va croissant. Il n'arrive plus à trouver le sommeil. Plusieurs choses l'irritent particulièrement :

  1. La sévérité de la loi divine : il lui est impossible d'y obéir parfaitement, quoiqu'il fasse de son mieux.
  2. La foi, seule condition du salut : il préférerait que tout ce qu'il fait puisse servir à quelque chose.
  3. Il ne comprend pas exactement ce qu'est la foi : il se demande ce qu'il doit faire pour croire et obtenir la foi.
  4. La souveraineté de Dieu : il trouve injuste que son salut ne dépende que de la volonté de Dieu. Le passage de Romains 9:11-23 l'irrite particulièrement (voir [1]).

Il découvre la vérité — qu'il est « mort dans ses péchés » —, mais il ne veut pas l'affronter. Il n'ose pas se présenter ainsi devant Dieu et passe un certain temps dans une grande détresse.

Un jour enfin, en juillet 1739, alors qu'il se promène seul, il prend conscience de sa perdition : gagner le salut par ses oeuvres n'est pas seulement difficile, cela est impossible ! Il réalise que toutes ses supplications sont vaines, que ses prières n'ont pas pour objet la gloire de Dieu mais son propre intérêt, et qu'elles ne lui donnent aucun droit : c'est bien une grâce de Dieu que de pouvoir Lui parler. Quelques jours plus tard, il voit dans son coeur la gloire de Dieu. Une grande joie et une grande paix l'inondent. Il comprend la voie du Salut par la justice de Christ, et s'étonne de ne pas l'avoir considérée plus tôt, au lieu de lutter par ses œuvres.

En septembre 1739 il entre à l'université Yale à New Haven, mais il en est expulsé début 1742 [2]. Il éprouve alors un grand sentiment d'injustice. Il va s'installer chez le révérend Mills, à Ripton, où il poursuit ses études de théologie. Il visite beaucoup les pasteurs de la région. Le 29 juillet 1742 il reçoit la licence qui l'autorise à prêcher.

2. Début du ministère

Brainerd est heureux de pouvoir consacrer sa vie au service de Dieu. Il a 24 ans. Il commence à prêcher dans tout le Connecticut, se déplaçant à cheval. Dans son journal, il rapporte les hauts et les bas de son âme. À plusieurs reprises il se demande pourquoi les gens acceptent d'écouter un homme aussi vil que lui. Il garde toujours conscience de son état de pécheur et de la grâce de Dieu à son égard.

Il entre en contact avec la Société écossaise pour la Propagation de la Connaissance Chrétienne et se rend à New York, New Jersey, pour être nommé missionnaire parmi les Indiens.


[1Romains 9:11-23
11[...] car, quoique les enfants ne fussent pas encore nés et ils n'eussent fait ni bien ni mal, -afin que le dessein d'élection de Dieu subsistât, sans dépendre des oeuvres, et par la seule volonté de celui qui appelle, - 12il fut dit à Rébecca : L'aîné sera assujetti au plus jeune ; selon qu'il est écrit : 13J'ai aimé Jacob et j'ai haï Ésaü. 14Que dirons-nous donc ? Y a-t-il en Dieu de l'injustice ? Loin de là ! 15Car il dit à Moïse : Je ferai miséricorde à qui je fais miséricorde, et j'aurai compassion de qui j'ai compassion.16Ainsi donc, cela ne dépend ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde. 17Car l'Écriture dit à Pharaon : Je t'ai suscité à dessein pour montrer en toi ma puissance, et afin que mon nom soit publié par toute la terre. 18Ainsi, il fait miséricorde à qui il veut, et il endurcit qui il veut. 19Tu me diras : Pourquoi blâme-t-il encore ? Car qui est-ce qui résiste à sa volonté ? 20O homme, toi plutôt, qui es-tu pour contester avec Dieu ? Le vase d'argile dira-t-il à celui qui l'a formé : Pourquoi m'as-tu fait ainsi ? 21Le potier n'est-il pas maître de l'argile, pour faire avec la même masse un vase d'honneur et un vase d'un usage vil ? 22Et que dire, si Dieu, voulant montrer sa colère et faire connaître sa puissance, a supporté avec une grande patience des vases de colère formés pour la perdition, 23et s'il a voulu faire connaître la richesse de sa gloire envers des vases de miséricorde qu'il a d'avance préparés pour la gloire ?

[2] Il fait une remarque à un ami au sujet d'un professeur  : « untel n'a pas plus de grâce que cette chaise ». Quelqu'un l'entend et le rapporte aux professeurs. Après avoir forcé ses amis à avouer ce qu'ils ont entendu, on l'oblige à des excuses publiques. Estimant que les moyens employés sont excessifs et que les excuses n'ont de toute façon pas besoin d'être publiques, il refuse.

Suite et fin en page 2.

3. Missionnaire parmi les Indiens
3.1. A Kaunaumeek, État de New York

Début avril 1743, il va à Kaunaumeek, à 30 km de Stockbridge, Massachussets, où vivent les Indiens qu'il doit évangéliser. Malgré un grand sentiment d'incapacité, il leur annonce l'Évangile. Ceux-ci l'écoutent sérieusement ; Brainerd s'entretient individuellement avec les deux ou trois qui semblent touchés par son message. Il continue de prêcher, mais sans espoir de résultats ; il se sent toujours indigne de son travail. Loin de ses amis, la solitude lui pèse. Il ne peut échanger en anglais qu'avec son interprète. Il passe ses journées à étudier, à prier, à lire la Bible, à écrire et à méditer.

Brainerd prêchant

Il est aussi privé de tout confort matériel. Tant que sa maison n'est pas construite, il dort sur un tas de paille, et vivra même un certain temps dans un wigwam. Ses repas sont essentiellement faits de maïs bouilli et de pudding. Sa santé est fragile. Quoique souvent pris de diverses douleurs, il se force à travailler pour le Seigneur, souhaitant ne pas perdre de temps.

Il doit ensuite retourner dans le New Jersey où il est ordonné pasteur en juin 1744. On l'envoie alors travailler parmi les Indiens de Pennsylvannie au lieu-dit « Forks of Delaware ».

3.2. Sur les bords du fleuve Delaware, Pennsylvannie

Il s'installe à proximité de « Forks of Delaware », où vivent quelques Indiens dispersés et il leur prêche régulièrement la Parole. Son auditoire est respectueux, mais il ne voit aucun résultat. Il essaye en même temps d'atteindre d'autres Indiens des environs, et de ce fait, voyage beaucoup.

En octobre 1744, il va visiter pour la première fois les Indiens vivant le long de la rivière Susquehannah, à Opeholhaupung, accompagné d'un chrétien, de son interprète et de deux Indiens. Il y est bien accueilli et, à leur demande, il reste quelques jours pour prêcher.

En mars 1745, il retourne dans le New Jersey pour demander l'assistance d'un autre missionnaire, mais sans succès. En mai, il fait un deuxième voyage de 15 jours vers le Susquehannah, visite plusieurs villages indiens et descend jusqu'à Juneauta. Il rentre malade à « Forks of Delaware », atteint par une fièvre brûlante, après avoir parcouru environ 550 km.

3.3. A Crossweeksung, New Jersey

Après plus d'un an passé essentiellement à « Forks of Delaware » en Pennsylvanie, son oeuvre ne porte toujours pas de fruits. Il décide de s'installer dans une nouvelle zone peuplée d'Indiens, dans le New Jersey, environ 130 km au sud-est de son domicile précédent, dans un lieu que les Indiens nomment Crossweeksung. Là, les Indiens sont dispersés en de nombreux villages. Le 19 juin 1745, les quelques femmes et enfants qui l'entendent prêcher semblent bien disposés. Le lendemain, 20 juin, ils sont déjà plus nombreux : ils sont allés avertir leurs amis même jusqu'à une vingtaine de kilomètres de là. Le 22, ils sont près de trente. Le 27, ils sont environ quarante. Ils sont attentifs et manifestent le souci de leur âme. Ils lui demandent de prêcher deux fois par jour. Brainerd s'exécute avec joie.

4. Premiers fruits

Le 2 juillet 1745, Brainerd retourne visiter « ses » Indiens du Delaware. Il prend congé de ceux de Crossweeksung, qui veulent absolument le revoir. À « Forks of Delaware », il prêche de nouveau. Enfin, le 21 juillet, il est en mesure de baptiser ses deux premiers Indiens convertis : l'interprète et sa femme, dont il a pu éprouver la réalité de l'expérience. Il reste avec eux à Forks jusqu'à la fin du mois. Il les voit sérieux, pensifs et inquiets pour leur âme. Le 3 août, il est de retour à Crossweeksung. Déjà il voit le changement chez ces Indiens qui ne veulent plus rien mettre à la bouche sans avoir prié. Plusieurs, préoccupés pour leur âme, pleurent en entendant Brainerd prêcher. Ils lui demandent : « Comment faire pour être sauvé ? ». Le 5 août, une femme se convertit et trouve la paix du cœur. Le lendemain, deux autres personnes se convertissent. Le surlendemain, ils sont trois. Le 8 août, ce sont soixante-cinq personnes qui viennent écouter la prédication de l'évangile : hommes et femmes, des plus jeunes aux plus âgés. D'anciens ivrognes sont inquiets pour leur âme. Tous pleurent ensemble, prient en même temps pour obtenir grâce. C'est le début d'un réveil.

Le lendemain, Brainerd passe la journée à échanger autant que possible avec chacun d'eux et plus particulièrement avec ceux qui ont fait profession d'être convertis. Il cherche à les instruire et à les guider.

5. Développement de l'œuvre

Il reste à Crossweeksung jusqu'à la fin du mois d'août. Lorsqu'il quitte les Indiens pour retourner vers le Susquehannah, un noyau de fidèles est constitué. Le 1er septembre, il arrive à « Forks of Delaware » où il prêche pendant une semaine. Le 9 septembre 1745, il part en direction de la rivière Susquehannah, pour un troisième voyage de quelques semaines, notamment à Shaumoking, où les résultats sont décourageants : les Indiens de cette région restent attachés à leurs traditions païennes, et l'alcool les détruit. Le 1er octobre, il est de retour à « Forks of Delaware », et quelques jours après à Crossweeksung. Il prêche presque tous les jours, quand sa santé le lui permet. Il enseigne ses Indiens, en baptise plusieurs.

En décembre il commence à leur faire un « catéchisme » : il leur pose des questions, puis enseigne en fonction de leur réponse, ajoutant une leçon pratique. Il demande la venue d'un instituteur pour que les Indiens puissent apprendre à lire et écrire en anglais. Celui-ci arrive le 31 janvier 1746. L'Église grandit. Brainerd s'assure de la réalité de la conversion de chacun, discutant avec la personne, et observant les fruits.

Il voyage encore et en août 1746, il retourne vers le Susquehannah avec quelques Indiens chrétiens. Lui-même est très affaibli. Ses Indiens annoncent l'Évangile aux habitants. Et quand il va mieux, il prêche lui aussi. Le voyage de retour est particulièrement long. Il est extrêmement malade. Il arrive le 20 septembre auprès de « son peuple », à Crossweeksung, et le trouve réuni en prière.

6. Fin de sa vie

Il continue l'œuvre malgré ses souffrances. Finalement, à bout de force, il fait ses adieux à ses Indiens, et retourne auprès de ses amis. Gravement malade, il peut à peine se déplacer. Son frère John prend la suite de l'œuvre à Crossweeksung. Après plusieurs mois de souffrances – au cours desquels il ne perd pas une minute pour l'œuvre de Dieu, dès qu'il s'en sent la force – il meurt paisiblement dans la maison de Jonathan Edwards [3], à Northampton, dans le Massachussets, le 9 octobre 1947, à l'âge de 29 ans.

Carte des Etats-Unis


[3]  Jonathan Edwards (1703-1758) : Pasteur américain, théologien et philosophe, prédicateur de l'Évangile et missionnaire, a laissé de nombreux écrits. Pour en savoir plus, voir http://edwards.yale.edu/about-edwards/biography/ (en anglais) ou http://www.promesses.org/arts/101p18-20f.html (en français).

Les images représentant David Brainerd sont dans le domaine public.




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Dernière mise à jour : ( 26-05-2009 )