Teodor Popescu
Écrit par Anne-Marie T.   
05-01-2008
couverture du livre

Titre du livre : Des ténèbres à la lumière
Sous-titre : L'histoire de l'ancien prêtre orthodoxe Teodor Popescu
Auteur : Horia Azimioară
Édité par les éditions Bibles et Littérature Chrétienne en 2005

Ce récit se déroule en Roumanie pendant la première moitié du XXème siècle où l'orthodoxie et les traditions sont ancrées dans les habitudes populaires.

1. Jeunesse

Teodor Popescu[1] est né le 12 janvier 1887 à Dumbrova, un petit village au nord de Bucarest. Son père, Gheorghe Ionescu, est le prêtre orthodoxe du village. Il n'a jamais lu la Bible, la seule traduction existant à l'époque étant archaïque et inaccessible. Pour le jeune Teodor, Dieu semble lointain, et ne peut être approché que par l'intermédiaire des saints.
Destiné à devenir prêtre comme son père, il part au séminaire dès l'adolescence. Contrairement à ses camarades, Teodor est d'un caractère tranquille et passe beaucoup de temps à lire les pères de l'Église et l'histoire des martyrs.

Un été, alors qu'il est en vacances chez ses parents, il découvre un Nouveau Testament dans un débarras. C'est une très vieille traduction, certes, mais c'est la Parole de Dieu. Frappé par sa lecture, il désire mieux la comprendre. Cependant il ne peut recevoir aucune aide extérieure : autour de lui l'ignorance est générale. Il décide alors d'apprendre le grec, seul. Une fois ses études de séminariste terminées, il prolonge sa formation à l'université de théologie.

2. Prêtre orthodoxe

Vers la fin de ses études théologiques, âgé de 24 ans, Teodor épouse Athena Ionescu, fille de prêtre. En 1912, il est nommé prêtre à Bucarest, mais peu après, il succède à son beau-père dans une autre église dénommée le « Nid de Cigogne ».

Popescu est un prêtre sérieux, diligent, aimable, disponible, et aimé de ses paroissiens. Le nombre de fidèles augmente. Ses sermons sont incisifs : il encourage ses auditeurs à mener une vie selon Dieu. En réalité, il prêche la loi et la moralité. Pour l'aider dans son ministère, Dumitru Cornilescu est nommé diacre. C'est un homme zélé, craignant Dieu, qui traduit de nombreux écrits pour l'édification de l'église. Tous deux commencent à ressentir les limites de la moralité.

Un jour, une dame âgée et fortunée propose à Cornilescu de traduire toute la Bible en roumain. S'appuyant sur la version française Louis Segond, il pourra, quelques années plus tard, offrir aux Roumains de toutes conditions une traduction révisée des Saintes Écritures. C'est au cours de ce travail que Dumitru Cornilescu donne son cœur à Dieu, en acceptant le Seigneur comme son Sauveur.

3. Conversion

1918. Popescu commence à être troublé, il perd son enthousiasme. Sa femme tombe malade et meurt deux semaines plus tard en laissant un nourrisson à charge. Il se retrouve alors devant ce dilemme : « Lui, un prêtre travaillant pour Dieu, ne même sait pas où sa propre épouse s'en est allée ! ». C'est dans ces circonstances que Cornilescu lui envoie la Bible dont il vient de terminer la traduction, et Popescu se met à la lire avidement.

Un long cheminement commence pour lui, au cours duquel il est convaincu :

  1. 1. que le sacrifice de Christ est nécessaire pour satisfaire la colère de Dieu contre le péché de l'humanité,
  2. 2. que lui-même est totalement pécheur et qu'il a besoin du pardon de Dieu,
  3. 3. que le sacrifice de Christ est suffisant pour son pardon, et que ses efforts pieux sont inutiles.
Il s'en remet à la grâce du Sauveur et, plein de gratitude pour son salut, un nouvel amour pour Dieu le remplit.

Ses sermons en sont quelque peu modifiés : il commence à prêcher sur le péché et le salut en Christ.

4. Prêtre converti

En 1920, Cornilescu revient au « Nid de Cigogne ». Avec Popescu, ils prêchent la croix et le salut par la foi en Christ. La première réaction des autorités ecclésiastiques leur est favorable. Les traditions orthodoxes sont profondément ancrées dans les habitudes des Roumains qui ne se posent pas de questions sur leur salut. Popescu prêche avec persévérance et petit à petit, le nombre des croyants augmente.

Sa renommée commence à se répandre. Il reçoit des invitations à prêcher dans d'autres villes.

Popescu se pose des questions quant au respect des traditions de l'église orthodoxe et à leurs fondements. Il réalise que ces traditions doivent être abandonnées lorsqu'elles contredisent les Écritures. Il souhaite rester fidèle à l'Église orthodoxe, mais c'est de plus en plus difficile.
Peu à peu, il modifie la liturgie, en retire les phrases qu'il ne peut prononcer en toute bonne conscience. Il cesse de s'adresser aux saints. Il ne dénonce pas ces pratiques explicitement dans ses sermons, mais il les abandonne. Ses prédications sont centrées sur l'expiation des péchés par Jésus Christ.

Ses jours en tant que prêtre sont comptés. Les pressions augmentent. Tandis que Dumitru Cornilescu a déjà dû s'enfuir en Suisse pour échapper à des menaces, ses fidèles l'encouragent à rester. Parmi ses collègues prêtres, certains sont favorables, mais d'autres font tout pour qu'il soit exclu. Le dimanche 16 décembre 1923, des prêtres interdisent l'accès à l'église et en scellent les portes.

Le 14 décembre 1923, l'affaire passe pour la première fois au tribunal religieux, au palais de l'évêque. Popescu parle calmement, en s'appuyant sur les Écritures. L'excommunication est une chose très sérieuse, et on en réfère à l'instance supérieure, le consistoire du diocèse. Celui-ci, qui se réunit le 27 décembre 1923, se prononce « inapte à juger des questions dogmatiques » et suggère d'en référer au synode. L'archevêque ne voulant pas donner plus d'importance à une affaire déjà bien médiatisée, renvoie le cas au consistoire. Fin janvier 1924, sous la pression des supérieurs hiérarchiques, le verdict est prononcé : Popescu est destitué de la prêtrise et excommunié. Il ne cherche pas à faire appel de la décision. Pour lui, la prédication de l'Évangile est prioritaire.

5. Expansion de l'Évangile

Délié des traditions de l'orthodoxie, Popescu est maintenant libre de proclamer l'Évangile. N'ayant plus ni emploi ni domicile, il est accueilli successivement dans plusieurs foyers chrétiens. La majorité de ses anciens paroissiens lui apportent leur soutien, et ils se réunissent dans les maisons. Leur nombre augmente, et en 1925, ils peuvent acheter un terrain et bâtir un local. Pour être reconnus par les autorités, ils se donnent le nom de « Chrétiens comme décrits dans les Saintes Écritures ».

Leur culte s'organise. Peu à peu, leur doctrine s'affermit dans la Parole, et les restes d'orthodoxie, qui imprégnaient autrefois leur vie quotidienne, disparaissent. Ils rejettent le culte des icônes. Ils comprennent que la Cène est un rappel symbolique de la mort de Jésus. Ils abandonnent aussi le signe de croix.

En 1926, Popescu épouse Natalia Zaharia, une veuve pieuse. Ainsi, il peut reprendre ses enfants qui jusque-là avaient été confiés à l'une de ses sœurs croyante.

De nouveaux frères sont à même de prêcher dans l'Église de Bucarest ; Popescu peut aller enseigner dans d'autres villes et villages où il est demandé. L'Évangile se répand rapidement, mais le clergé y est presque partout opposé et persécute les croyants. Dans les villages en particulier, les chrétiens sont constamment harcelés par les autorités religieuses, parfois arrêtés par la police. Ils se réunissent dans les forêts. Malgré cela, on dénombre deux cents assemblées formées au cours des quinze années qui suivirent l'excommunication de Popescu.

6. La guerre et l'arrivée des communistes

Pendant la seconde guerre mondiale, la Roumanie est envahie par les nazis. Toutes les dénominations autres qu'orthodoxe et catholique sont déclarées illégales. La persécution a maintenant l'accord du gouvernement. Popescu comme Gheorge Cornilescu (le frère de Dumitru) sont interdits de parole en Roumanie. Le local de Bucarest est fermé et transformé en entrepôt militaire. Les rassemblements sont interdits ; on se réunit en secret dans les forêts.

En 1944, les troupes soviétiques entrent en Roumanie, et l'année suivante, une fois la guerre terminée, la reconstruction du pays commence. Durant les premiers mois de communisme, dans le chaos, les chrétiens jouissent encore d'une certaine liberté. A Bucarest, ils finissent par récupérer leur local d'origine et peuvent s'y réunir.

Popescu devient de plus en plus fragile dans sa santé et se fatigue vite. Cependant, en 1949, avec Gheorge Cornilescu et Emil Constantinescu ils peuvent publier une nouvelle révision du Nouveau Testament (à partir du grec). Les griffes de la censure se referment peu après : interdiction de publier de la littérature chrétienne.

7. Fin de sa vie

Les contrôles et la main-mise de l'État s'amplifient constamment. La Constitution garantit la liberté religieuse, mais en pratique il n'en est rien. Malgré tout, les chrétiens continuent à se réunir et à se multiplier.

Popescu prêche et écrit toujours mais il se déplace de moins en moins. Au cours de l'hiver 1962 il prend froid et tombe malade. Il meurt en février 1963. Environ 5000 personnes assistent à ses funérailles.


[1] Teodor Popescu ne porte pas le nom de son père, « Ionescu », suite à une erreur d'écriture à sa naissance.



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Dernière mise à jour : ( 07-01-2008 )