 « Heureux plutôt ceux qui écoutent
la Parole de Dieu et qui la gardent ». Luc 11 : 28
Être heureux ! Bien des hommes recherchent
avec ardeur cet état, mais combien le connaissent vraiment ? Poursuite
pourtant bien légitime, semble-t-il ! Qui voudrait repousser délibérément
l'occasion d'être heureux, pourrions-nous nous dire ? Et pourtant, fait
remarquable, ceux qui déploient le plus de zèle dans cette direction, sont ceux
qui le possèdent le moins. Ce zèle ne serait-il pas en lui-même une garantie de
faillite, puisqu'il tend à envisager le bonheur comme un objectif à
atteindre ?
En fait, l'exemple de ceux qui se comportent
ainsi ne présente pas d'attrait puissant sur nos cœurs. Les grandes figures qui
impressionnent profondément sont celles d'hommes de Dieu, qui, au fort même de
la détresse, furent rendus capables, non seulement de supporter le malheur,
mais encore de conserver dans leur cœur une paix et un bonheur positifs que
rien ne pouvait tarir.
Arrêtons un instant notre pensée sur le prophète
Jérémie, pour ne prendre que cet exemple. Qui, plus que lui et dans sa
génération, fut en butte à l'hostilité de ses frères ? Qui a été chargé
d'une mission plus écrasante que la sienne consistant à faire connaître à un
peuple auquel il était profondément attaché de redoutables prédictions ?
Tenait-il toujours le fil d'Ariane du bonheur
dans ce terrible dédale d'adversités ? Interrogeons-le et découvrons
ensemble qu'au-delà des conditions du moment, quelles qu'elles aient pu être,
son bonheur trouvait sa source permanente, dans la Parole du 'Dieu bienheureux'
(1 Timothée 1 : 11) auquel il appartenait ! « Dès que j'ai
entendu tes paroles, je les ai dévorées et tes paroles ont fait la joie et
l'allégresse de mon cœur », s'exclame-t-il avec une sorte de violence
(Jérémie 15 : 16) au sein de la tempête d'amertumes qui s'élève dans ces
chapitres.
Repoussant les mirages autant que 'les citernes
crevassées' son être venait avidement se renouveler aux sources sûres de la
Parole de son Dieu.
A la face même de ses adversaires, tout comme
pour David (Psaume 23 : 5), Dieu dressait ainsi, par sa Parole puissante,
une table à laquelle son serviteur reprenait sans cesse force et courage.
Le Dieu de Jérémie est aussi le nôtre. Mieux
encore que pour son prophète, Il a préparé et à grand prix, une table royale, à
laquelle Il nous convie chaque jour et dont la réalité, c'est Christ lui-même.
C'est bien Lui, la Parole vivante, qui par son grand sacrifice est devenu notre
pain quotidien et par là même la source de notre bonheur.
Une question doit donc monter à notre cœur devant
ce que Dieu a préparé si parfaitement : Quels genres de convives'
sommes-nous devant la Parole écrite dont les pages nous présentent le
Fils ?
Il y a bien des manières d'aborder le Livre.
Au milieu d'un grand nombre de catégories sans
attrait, en voici quelques-unes :
I. Il y a les gloutons, ceux qui en 'avalent' ni plus ni moins
le contenu.
Avaler, voilà bien une forme rapide de prendre une
nourriture ; mais quelle satisfaction imparfaite on en éprouve. La
participation consciente est réduite au minimum, le gros du travail étant
abandonné aux organes internes de la digestion. A eux de se 'débrouiller' pour
effectuer ultérieurement les transformations nécessaires.
Résultat immédiat :
pour avoir ressenti un appétit d'ogre, une rapide lassitude se manifeste, sans
que les besoins soient vraiment satisfaits. Résultats à longue échéance :
des troubles de toutes sortes, dépassant le cadre des voies digestives
s'ensuivent. Ne dit-on pas qu'un estomac qui fonctionne mal favorise la
mauvaise humeur ?
Ainsi en est-il de ceux qui
ne prennent pas garde. Ils se privent du meilleur et du plus utile tout en
désirant, quoique ardemment, posséder les deux. Ils avalent. Pratiquement
parlant, ils 'survolent' la Parole de Dieu, sans s'en approprier effectivement
les éléments vivifiants par une saine et vigoureuse méditation. Comment
peuvent-ils connaître et incorporer jusque dans les fibres de leur être, la
connaissance de la volonté de leur Dieu, puisque celle-ci trouve un accès si
imparfait en eux ?
Laissons notre soif du Dieu vivant se donner libre cours, mais que ce soit dans la recherche de sa volonté par une méditation digne de ce nom de ses Paroles.
II. Une autre catégorie se présente : ceux qui boudent
ou qui font les difficiles.
Ce sont des enfants gâtés. Habitués aux
'sucreries', ils n'ont qu'un maigre appétit et n'apprécient que peu la
nourriture simple et substantielle. Ils se comportent comme si la Parole de
Dieu était un supplément facultatif à leur philosophie ou à leur mesure
d'expérience. Du bout de leur fourchette ils piquent un verset à leur goût en
négligeant le reste. Point de sainte avidité dans cette direction. Si seulement
ils prenaient un peu d'exercice dans la pratique de la volonté de leur
Seigneur, ils reprendraient bien vite le goût du 'pain des forts' (Psaume
78 : 25). Non, la Parole de Dieu ne nous a pas été donnée pour satisfaire
nos caprices, mais pour nous servir de nourriture solide, adaptée à nos
besoins, bonne et suffisante, parfaite en soi.
La liste pourrait s'allonger mais avant d'y mettre un terme, citons encore une
catégorie dont le cas est redoutable :
III. Ceux qui s'empoisonnent avec la Parole.
N'est-ce pas un paradoxe que de pouvoir
s'empoisonner avec cette même Parole qui est une parole de vie ?
« Odeur de mort pour les uns, nous dit Paul, odeur de vie pour les
autres », ajoute-t-il (2 Corinthiens 2 : 16). Odeur de mort, parce
qu'ils « tordent le sens des Ecritures pour leur propre perdition »
(2 Pierre 3 : 16). Ayant soigneusement extrait versets ou textes à leur
goût, ils les assaisonnent de divers poisons de leur invention charnelle. Non
contents de les absorber, ils les présentent avec impudence aux âmes ignorantes
ou mal affermies, dans des recettes séduisantes mais étranges. « Produits
bibliques » clameront-ils. « Mélanges diaboliques »,
constaterons-nous, derrière cette odeur de mort.
Ainsi donc il importe, pour
notre plus grand bien, que nous soyons trouvés dans
la catégorie des 'Jérémie', car ceux-là :
1. Ils découvrent le Dieu de
Jésus-Christ qu'ils cherchent, par une saine méditation de ses Paroles. Leur
cœur veille.
2. Loin de faire des
triages à leur fantaisie, ils les aiment toutes par le recueil écrit des
Ecritures. Leur avidité ne les conduit nullement à devoir s'étrangler avec les
'arêtes' qu'ils ne manquent pas de rencontrer. En recherchant des lumières plus
précises sur ce qui leur apparaît difficile, ils se réjouissent de la substance.
3. Rendus prudents à
l'égard des pensées humaines (Matthieu 16 : 23), et dans le souvenir
qu' « il y a telle voie qui semble droite à l'homme, mais dont
l'issue mène à la mort » (Proverbes 14 : 12), ils se gardent des mélanges meurtriers
en apprenant à les reconnaître sous des couverts bibliques.
Ainsi en est-il de David qui fait écho dans le Psaume 119 en particulier, à l'amour profond qui doit
nous animer pour la Parole de Vie (versets 14, 72, 162).
Pour nous, comme pour quiconque, posséder la Parole de Dieu dans sa maison ou même dans sa main,
n'est d'aucune sécurité ni d'aucune utilité. Ce qui importe, c'est d'en voir la
richesse incorporée dans nos êtres par une transformation intérieure et
personnelle en puissance de vie.
A l'exemple de David, « serrons sa Parole dans nos cœurs, afin de ne pas pécher contre
Lui » (Psaume 119 : 11). Et si notre cœur possède la Parole, la
Parole aussi possèdera notre cœur et le moulera dans des impressions fortes,
utiles et durables.
Tels les
Huguenots qui avaient appris à en retenir de nombreuses et souvent longues
fractions, nous serons assurés qu'aucun adversaire ne pourra nous en arracher
la connaissance.
Soyons
tous de cette catégorie, heureuse et utile, et le Maître sera glorifié.
R. TOUSCH, Lien Fraternel, Août-Septembre 1951 |